Notre analyse du courrier du Président de la Métropole aux parlementaires

Le président de la Métropole du Grand Paris, Patrick Ollier, a écrit, courant mars 2026, à l’ensemble des présidents de groupe du Sénat.

Une lettre qui veut faire des 10 ans d’existence de la MGP et de son bilan le point de départ de nouvelles discussions sur la gouvernance du « Grand Paris » au cas où cette question serait abordée dans le projet loi sur « la décentralisation » annoncé par le 1er ministre.

Nous savons maintenant que cela ne sera pas le cas !

Mais lorsque cette question reviendra dans l’agenda politique, si elle revient, le président Ollier nous avertit qu’il est prêt.

Pour Ollier cela serait une erreur de partir d’une feuille blanche, la MGP existe, elle travaille des dossiers concrets, elle fait avancer le « fait métropolitain » en s’appuyant sur les maires, dans leur diversité politique, par la méthode de la « gouvernance partagée ». Et pour lui c’est clair, la MGP a fait ses preuves d’utilité : « Dix après sa création, la MGP, s’est imposée comme un cadre essentiel de coopération : c’est la maison des 130 maires »

Et pour donner corps à son affirmation, il fait, dans son courrier, un bilan de la MGP :

  • « Rééquilibrage territoriale » (programme centre-ville, pistes cyclables, bornes électriques…)
  • De l’aménagement du territoire avec « Inventons la métropole »
  • Un soutien aux communes membres (rôle amortisseur financier)
  • Une force face aux problématiques des inondations
  • Sa participation au JOP 2024
  • Adoption de documents stratégiques « d’enjeux métropolitains » comme le SCoT et le PCAEM à la quasi-unanimité

Elle peut faire plus, dans certains domaines, si on renforce ses compétences (logistiques, tourisme d’affaire, transition écologique, logement…)

Il répond ainsi à des critiques, parfois évoquées, sur l’utilité et sur le style de gouvernance institutionnelle de la MGP « Le moins que l’on puisse dire est que cette nouvelle institution [la MGP] n’a pas convaincu et ne joue qu’un rôle anecdotique »[1] et qui serait la conséquence  d « un « mode de fonctionnement, basé sur la recherche systématique du consensus le plus large et sur le respect scrupuleux des pouvoirs du maire » [2]

Son insistance sur l’acquis de la « gouvernance partagée » qui « rassemble au-delà des climats politiques pour améliorer concrètement le cadre de vie des métropolitains » laisse sous-entendre, aux sénatrices et sénateurs, que tout remise en cause de la MGP, comme base de départ d’une nouvelle réflexion sur la Grand Paris, rouvrirait des débats potentiellement paralysants.

Et d’ailleurs face à certaines paralysies, la MGP apporte une méthode de travail qui permet d’en « dépasser ». Ainsi les conventions d’objectif qu’elle a passée avec des départements situés dans le périmètre de la MGP (94 et 93) mais aussi hors périmètre de la MGP (91 et 95) a permis, selon le président Ollier, de « dépasser » le débat du « périmètre ou des limites de la métropole » (Région, Zone Dense, Haussmann 1, Haussmann…) où nombre de débats ont buté, pendant des années, notamment avec d’autres institutions (départements, région)

Et si le débat est dépassé alors le périmètre et l’institution MGP sont légitimé .es et doivent être accepté.es par d’autres (Régions, Départements)

Patrick Ollier évoque la difficulté budgétaire de la MGP.

Les causes sont à rechercher dans le remplacement en 2023, par l’Etat, de la CVAE par une fraction de TVA et par la baisse de la DGF. Il pose l’urgence à régler cette situation pour l’accomplissement des missions que la MGP mènent mais surtout pour les communes du fait du rôle amortisseur de la MGP (reversement de 3,3 milliards au titre de l’AC).

Les difficultés financières rencontrées par la MGP donnent un prétexte à Patrick Ollier pour contester le partage des ressources métropolitaines avec les EPTs

Ces derniers, selon lui, éclatent « façon puzzle » le Grand Paris notamment en pratiquent des taux de CFE divergents empêchant le « rééquilibrage territorial dans la zone dense continue ». Il revendique que la CFE revienne en totalité à la MGP.

Evidement cela créerait, et le président en a conscience, des tensions avec les EPTs. Il propose de les « dépasser » en demandant la suppression du statut actuel des EPTs et de proposer de les remplacer par des unités déconcentrées de la MGP pour les raisons financières évoquées ci-dessus et pour favoriser « l’unité d’action » nécessaire pour répondre aux défis de « la verticalité » de la Métropole.

La notion de « verticalité » revient par deux fois dans le courrier du président dans l’introduction et dans la conclusion. « Gérer la verticalité » serait la mission de la MGP !

Ce « concept » de verticalité mérite d’être précisée et débattue.

Est-ce que la verticalité revendiquée est une manière « d’invisibiliser » la diversité de l’horizontalité que constitue une métropole de plus de 7 millions d’habitant.es, de 814 Km2, de 130 communes constituant une diversité de territoires ?

Est-ce que la verticalité suggérée alliée à une certaine conception de « l’unité d’action » ne laisse pas suggérer des pas vers un métropole intégrée et centralisé s’éloignant du modèle coopératif ?

C’est un fait la MGP existe depuis 11 ans. Elle a fait vivre le « fait métropolitain ». Il serait incompréhensible que si le débat du Grand Paris se rouvre, et il doit s’ouvrir par ce que la question métropolitaine évolue, que l’expérience de la MGP ne soit pas prise en compte.   

Mais n’oublions jamais que celle-ci est le fruit de longs débats commencés au début des années 2000, et de confrontations de multiples scénarii

La « métropolisation » était-elle pensée uniquement autour de la « compétitivité » pour attirer des capitaux internationaux ou doit-elle poser les germes d’une solidarité pour une vie meilleure de l’ensemble de ses habitant.es quelques soient leur lieu de vie ?

Est-ce seulement un élargissement de la centralité de la centralité de Paris ou l’horizontalité de territoires qui avaient aussi leurs urbanités et leurs engagements pour « le droit à la ville » ? Centralité ou polycentralité ? Que faire de plus 100 ans d’expériences de démocratie municipaliste ? 

Ces débats et d’autres ont existé au sein notamment du syndicat « Paris Métropole ». Ils ont permis à une diversité d’expériences d’exprimer une réalité.

Celui de communes aux histoires et aux réalités présentes différentes avec certaines d’entre-elles qui avaient construit des cadres de coopérations territoriales comme « Plaine Commune », GPSO ou encore « Est-Ensemble » (les EPTs ne sont pas nées de nulle part) mais aussi celui des Conseils Départementaux ou du Conseil Régional

Alors oui la MGP existe, elle le fruit d’un compromis qui n’appartient à personne ou bien qui appartient à toutes et tous. On doit donc en tenir compte mais aujourd’hui comme hier le « fait métropolitain » doit s’appuyer sur la démocratie municipale, les coopérations qu’elle a développées, les centralités qu’elle a su créer.

Si certainement la relation entre MGP / les Communes/ les EPTs est à retravailler attention à ne pas perdre, dans se retravaille, la particularité d’une zone dense de 7 millions d’habitants (bien différente composés de territoires et de communes aux enjeux différents qu’une certaine notion de la verticalité peu invisibiliser.

En ce qui concerne les élu.es du Groupe « Communistes, Citoyen.nes et Ecologistes » sont prêt au débat et apporte leur proposition d’un syndicat mixte regroupant communes, territoires, départements, régions et grands syndicats » pour une métropole solidaire et polycentrique. (lire notre proposition: https://www.metropole-solidaire.fr/quelle-metropole-du-grand-paris/ )


[1]  « Le Grand Paris, polysémie et complexité » éditorial de Philippe Subra, Revue Hérodote, n° 193, avril 2024, édition, La Découverte

[2] idem