Intervention sur les orientations budgétaires 2026

Intervention de Patrice Leclerc sur le ROB 2026 lors de la séance du 20 février 2026

Monsieur le Président,

Mes cher.e.s collègues,

Après bien des difficultés, la France s’est dotée d’un budget qui n’a que peu bougé par rapport aux premières maquettes établies par Monsieur Bayrou.

Ressassés à longueur de discours des différents ministres de finances, amplifiés par des médias peu friands d’investigation, la France vivrait au-dessus de ses moyens, la dette serait insupportable, le train de vie de l’état serait dispendieux , les « charges » sur les entreprises seraient trop lourdes, les gens se soigneraient trop, les retraités seraient des nantis, les fonctionnaires un poids pour la société etc etc

Quand aux collectivités locales elles dépenseraient sans compter.

Cette année encore les variables d’ajustement du budget sont toujours les mêmes :les salariés, les chômeurs, les malades et j’ajouterai les collectivités locales.

Elles sont nous le savons toutes et tous ici le dernier filet de sécurité dans un pays qui compte près de 12 millions de français sous le seuil de pauvreté.  Maintenir un service public de proximité qui le fait ? Quand la CAF a supprimé ses permanences, quand les services fiscaux ferment dans nos communes ?

Sans les communes la solidarité n’est qu’un vain mot.

Alors qu’en 10 ans les plus riches ont vu leur fortune doubler selon le dernier rapport OXFAM. Ils restent peu ou pas taxés.

Nous avons surtout un problème de recettes. L’impôt ne frappe pas là où il devrait, il épargne les grosses fortunes et les grandes entreprises. Les salariés eu n’échappent pas à l’impôt.

Et pourtant tous les amendements parlementaires qui visaient à plus de justice fiscale, la taxe Zucman ou le retour de l’ISF ont été balayés par une majorité hétéroclite de l’extrême centre à l’extrême droite.

Depuis 2010 ce sont 128 milliards qui ont été enlevés aux communes, pour notre Métropole c’est 1,4 milliards qui ont été rognés depuis 2016.

Cette année encore toutes recettes confondues il nous manquera 50 millions d’euros.

Le système de financement des collectivités locales et de notre Métropole est à bout de souffle. Nous n’avons aucune visibilité à long, ni même à moyen terme. Nous subissons au gré des discussions parlementaires des coups de rabots injustifiés.  Comme si gérer une ville se faisait à la petite semaine sans projet d’avenir.

Des rustines sont posées sur des pansements qui eux même sont entourés de bandages pendant qu’ aucun Docteur Diafoirus de Bercy n’ose se pencher sur les racines du mal.

Le premier Ministre veut remettre sur l’établi « le mille-feuille » institutionnel de notre région capitale.

Nous avons tous ici envoyés des contributions, les 5 scénarios de l’AMIF sont sur le bureau du 1er Ministre. Mais à force de voir le problème par le seul prisme de l’institution, on ignore l’essentiel, c’est-à-dire les compétences, les objectifs politiques.

La décentralisation est sous surveillance. Il y a le retour du contrôle a priori de nos dépenses et la solution qui est avancée auprès des maires est soit de réduire le service public aux habitants, soit diminuer le nombre de fonctionnaires territoriaux.

Ce qui pourrait sortir de cette nouvelle loi sur la réforme territoriale sera une nouvelle fois, un transfert de compétences sans les moyens de les assumer, s’il n’y a pas de réforme fiscale qui lui est liée, cela augmentera la dépendance à l’Etat. L’Etat édicte mais il ne paye plus.

Monsieur le Président, vous avez tenu durant ces 6 années deux promesses. Être et rester une Métropole des Maires et vous avez continué de verser la compensation aux communes même si cela devient de plus en plus difficile pour les finances de la Métropole. Nous sommes proches de l’effet ciseaux qui fait que sans ressources nouvelles, les dotations de l’Etat ne couvriront même plus la moitié de ce qui est versé aux communes.

Un autre souci se présente à nous, nous avons ici fait des choix importants en matière d’environnement, en accompagnant les automobilistes pour l’achat de véhicules non polluants, nous avons aidé les communes et les départements à réaliser des centaines de KM de pistes cyclables, nous avons avec la taxe GEMAPI fait faire un bond important à notre métropole dans la prévention des inondations.

Et pourtant ! Nous nous retrouvons bien seuls face à un gouvernement qui a baissé drastiquement toutes les dépenses liées à l’environnement. Le fonds vert, la réhabilitation des logements passoires thermiques, ont été attaqués comme jamais.

Une collectivité aussi vertueuse soit elle ne peut palier l’incurie d’un Etat qui parle fort mais ne fait rien. La France recule sur ces engagements internationaux sur le réchauffement climatique.

Alors en attendant dans quelques semaines les élections municipales et la nouvelle configuration de notre assemblée. J’ose espérer que ce gouvernement, comme en son temps celui de François Hollande, ne rendra pas de décisions sur la Métropole du Grand Paris sans une consultation sérieuse.

Nous sommes nés sur les débris d’un déni démocratique, espérons si réforme il y a qu’elle ne prenne pas le même chemin.

Le rêve du Macronisme finissant se rapproche de la vision qu’avait Napoléon 3 des collectivités locales : « Le Maire est la main de l’Etat dans les communes. »

Nous avons mis 150 ans à sortir de ce schéma ce n’est pas pour y retourner.